Passer pour la “meuf chiante”, et l’assumer

Hello à toutes et à tous,

Je suis très heureuse de vous retrouver aujourd’hui pour un sujet qui me frustre, me met en colère et me révolte depuis plusieurs années maintenant.

Je ne m’étais jamais sentie prête à en parler, alors c’est un grand pas pour moi d’arriver à écrire cet article.

C’est vrai, depuis 3 ans maintenant, j’ai décidé de ne plus cocher les cases et de me faire mes propres idées, même si elles dérangent, même si elles sortent du cadre.

Je me suis créé un environnement de vie tel qu’au quotidien, pour être honnête, je le ressens peu.

Avec mes proches, mes amis, mon chéri, je me sens à l’aise et acceptée telle que je suis.

𓆸 Mais il y a encore des moments où ma différence ressort, et où je passe pour “la relou de service”, “la meuf chiante”, “la meuf paradoxale”.

Même avec des personnes de ma famille.

Je sais que c’est le cas de beaucoup d’entre nous, surtout quand on commence à s’émanciper et à développer des idées différentes de celles de notre famille. C’est là, je crois, que le fossé se ressent.

✺ Je bois peu d’alcool.

✺ Je ne fume pas.

✺ Je mange moins de viande.

✺ Je n’aime pas faire la fête jusque tard (sauf exception).

✺ J’essaie de moins prendre l’avion.

Je passe pour “celle qui ne sait pas s’amuser”, celle qui n’est pas “bonne vivante”

D’ailleurs, pourquoi être une “bonne vivante” devrait forcément signifier boire beaucoup d’alcool et faire la fête ? Ne peut-on pas apprécier la vie autrement ?

Bref… Au final, je dois justifier ces choix, je dois expliquer pourquoi “ce soir, je ne bois pas”, pourquoi je n’ai pas envie de manger cette entrecôte ou pourquoi je n’ai pas envie de prendre l’avion pour un week-end seulement.

𓆸 Je n’ai pas envie d’avoir un discours victimaire, parce que ce sont mes choix et que je les assume, mais disons-le clairement… : c’est chiant.

C’est chiant parce que ça donne l’impression d’être décalée

Décalée de ne pas vouloir sortir.

Décalée de ne pas sortir fumer avec les autres.

Décalée de ne pas vouloir partir à l’autre bout du monde.

Ça donne l’impression de faire quelque chose de mal, de différent, alors que pour nous c’est naturel, évident et qu’on ne se voit pas vivre autrement.

Je ne crois pas qu’il y ait de bonne façon de vivre

Si vous aimez fumer boire et sortir, c’est parfait. Mais si vous n’aimez pas cela (ou moins que les autres), cela ne veut en rien dire que vous êtes décalée ou anormale.

Chacun devrait pouvoir vivre selon ses propres choix, sans se sentir jugée en permanence parce qu’on ne rentre pas dans la case de “la vie normale”.

Ça me fera toujours penser à la scène, largement médiatisée que vous avez sûrement vu passer, de Léa Salamé et Artus.

Celui-ci déclare avoir arrêté de fumer et boire, phrase à laquelle Léa Salamé lui répond :

“Ah vous êtes devenu chiant ?”

Je sais qu’il y a eu beaucoup de débats sur ce sujet. Peut-être était-ce une blague, et tant mieux. Mais je crois que ce n’est pas vraiment le sujet.

La vraie question c’est : comment a-t-on pu arriver à penser que c’est “chiant” de ne pas boire et fumer ? Comment a-t-on pu faire de ça la norme ?

Parce que même si c’était une blague, je ne pense pas que si Artus lui avait dit “J’ai repris l’alcool et la cigarette”, Léa Salamé lui aurait répondu “Ah, vous êtes devenu chiant ?”.

Non. Bien sûr que non, elle n’aurait pas dit ça. Et c’est ça, moi, qui me questionne.

C’est ça qui me fait me demander : pourquoi décrète-t-on que certaines choses sont cool, et d’autres non ?

✺ L’écologie, ce n’est pas cool, c’est chiant.

✺La tisane à 23h, ce n’est pas cool, c’est chiant.

✺ Le féminisme, ce n’est pas cool, c’est chiant.

Qui décide de ça ? Qui décide de ces cases ? Qui décide de ce qui est “cool” et de ce qui est “chiant” ?

Et je ne crois plus à ces réponses toutes faites : “Tu devrais t’en ficher de ce que pensent les autres”

Bien sûr, que je fais attention au regard de l’autre.

Comme tous les humains sur Terre. C’est naturel. Nous sommes des êtres sociaux, nous cherchons naturellement à être validés par notre communauté. Nous ne sommes pas des êtres solitaires, nous vivons en groupe, c’est en nous.

Oui, certaines personnes apportent plus d’importance au regard des autres, c’est vrai.

Et le regard des autres ne devrait pas nous empêcher de vivre notre propre vie, c’est vrai aussi. Mais nous ne pouvons pas nier que ce soit désagréable, de se sentir différents et jugés par nos proches.

Je trouve ça idéaliste, de croire à un monde où on s’en ficherait totalement d’être “la relou”, “la meuf énervée”, “la meuf chiante”.

Quand je parle de féminisme et qu’on me coupe la parole parce que “je suis relou” ou que “je casse l’ambiance”, bien sûr que ça me frustre et m’énerve

Pour autant, désormais, je refuserai de me taire.

Quitte à continuer de passer pour la meuf chiante.

Si c’est le prix à payer de mes convictions, je suis prête à l’accepter.

Et je crois que c’est ça, qui a tout changé.

Avant, je me lissais. En réalité, pour être tout à fait honnête, encore aujourd’hui je me lisse sur certains sujets (la politique notamment).

Mais sur le mode de vie, le féminisme, l’écologie… des sujets qui me tiennent profondément à coeur et font partie de mes valeurs, c’est fini.

𓆸 Quitte à perdre des gens, quitte à m’éloigner de mes proches

C’est peut-être dur à dire mais avoir fait la paix avec ce que je pouvais perdre, ça m’a permis d’être plus affirmée. Plus confiante. Plus sûre de moi.

Je suis prête à perdre des gens, pour mes valeurs. Et je suis ok avec ça.

Résultat : les autres en face le ressentent et se permettent moins de remarques.

Lors d’un week-end en famille cette année, je n’ai jamais aussi peu bu, et je n’ai eu aussi peu de remarques.

C’est un exemple tout bête, mais je crois que l’autre ressent en face qu’on a plus rien à perdre.

N’ayez plus rien à perdre. Dégagez cette énergie de “je suis droite dans mes bottes, quel que soit le prix”.

Je vous assure que ça se ressent.

Assumez d’être la relou de service, la meuf chiante, la meuf paradoxale

Si vous saviez combien de fois on me reproche d’être paradoxale… Je pense que j’en ferai un article à part, tellement c’est un vaste sujet.

Je n’ai jamais été autant critiqué que depuis que j’ai décidé de réduire ma consommation de viande.

✺ Avant j’en mangeais tous les jours, et je n’avais aucune remarque.

✺ Désormais, j’en mange beaucoup moins, par contre dès que je “craque” ou que je décide d’en manger, je me prends une pluie de commentaires. Comme quoi je suis “paradoxale” et incohérente. Alors que je fais plus d’efforts qu’avant, et que je ne dérange personne à décider d’en manger ou pas.

C’est pareil pour l’avion.

J’ai fait la paix avec le fait d’être critiquée, d’être incohérente

Mais aussi avec le fait de mettre les autres face à leurs propres contradictions

Parce que généralement, je ne gêne que ceux qui sont mal à l’aise de continuer à manger de la viande. Ceux qui sont droits dans leurs bottes, qu’ils en mangent beaucoup ou non, ne se sentent souvent même pas concernés par la discussion.

Et tant mieux.

Je n’ai jamais cherché à imposer ma vérité ni mon monde de vie. Je demande juste à ce qu’on me laisse tranquille.

Je m’excuse par avance auprès de celles et ceux qui seront dérangés par ma colère et ma frustration dans cet article.

C’est vrai, ce n’est pas un article “apaisant” ou “calme” comme je peux avoir l’habitude de le faire.

Mais je suis aussi convaincue que la colère est ce qui fait bouger, avancer et surtout, ce qui nous permet de nous assumer pleinement (j’avais d’ailleurs écrit un article sur la colère, vous pouvez le retrouver en cliquant ici).

J’espère en tout cas qu’il aura résonné en vous, et vous permettra d’oser être la “relou de service”, “la meuf chiante”. Un jour vous en serez même fière, je vous l’assure. Vraiment.

Je vous embrasse fort,

À mardi prochain,

Florine

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