Après 9 ans sous pilule, je suis passée au stérilet : un des meilleurs choix de ma vingtaine
Comme beaucoup de jeunes filles, j’ai commencé à prendre la pilule très jeune.
À 14 ans.
Parce que c’était la seule solution, et parce que je ne savais pas vraiment quelles étaient les autres options.
La question ne se posait même pas, à vrai dire.
Je rentrais dans l’intimité (et j’avais de l’acné sur le visage), donc mon médecin m’a prescrit la pilule.
Une pilule qui me protège et éradique mon acné en même temps, d’une pierre deux coups.
Ça a duré 9 ans.
Pendant 9 ans, j’ai été sous pilule.
À tel point que je ne savais pas réellement à quoi ressemblaient mes règles « normales », quand mon médecin me le demandait.
Je ne savais pas si j’avais des règles douloureuses, je ne savais pas si j’avais de longs cycles, je ne savais pas quelle était mon humeur - sans être sous pilule.
Parce que sous pilule, je ne ressentais plus rien.
Tout était plat.
J’étais toujours « bien », « normale », mais jamais vraiment bien, ni jamais vraiment mal.
C’est comme si mes émotions étaient anesthésiées.
C’est comme si rien n’avait vraiment de saveur.
Comme si tout était gris.
Ça, je le dis avec du recul, mais je ne m’en rendais pas compte, sur le moment.
Je pensais que c’était normal, justement. Comment aurait-il pu en être autrement, j’étais sous pilule depuis mes 14 ans.
Je ne savais pas comment je fonctionnais, je ne connaissais pas l’intensité qui me traversait.
Le déclic, je l’ai eu (comme beaucoup je pense), par rapport à ma libido.
Elle était plate. Comme mes émotions.
Elle n’était pas inexistante, mais elle n’était sûrement pas intense.
Elle était assez là pour que je puisse avoir des rapports intimes, mais sans plus.
Et j’avais la profonde sensation d’être déconnectée de mon corps, de mon désir.
C’était comme si un feu veillait au fond de moi, un feu qui ne demandait qu’à se réveiller, mais qui était forcé à rester éteint.
Je ne sais pas vraiment dire comment je m’en suis rendue compte.
Parce que je pensais que c’était normal, d’avoir peu d’envies.
Je pensais que c’était normal, en tant que femme, d’avoir moins envie que son copain.
Mais je crois que je m’en suis vraiment rendue compte quand j’ai commencé à rencontrer plusieurs filles de ma classe qui avaient une libido intense, assumée, et qui osaient en parler ouvertement.
Je crois que c’est là, que j’ai compris que quelque chose n’allait pas.
Elles mettaient le doigt sur quelque chose que je ressentais au fond mais que je ne m’autorisais pas à avouer : il y avait plus que ça.
Mon désir ne pouvait pas être que ça.
Mon intimité ne pouvait pas être que ça.
Puis je me suis renseignée sur le désir féminin. Et c’est là que j’ai appris qu’il était similaire à celui des hommes, à la différence près qu’il est plutôt par cycles.
Mais nous avons autant de désirs et de libido qu’eux, naturellement. Seulement, nous en sommes coupées par ces hormones que l’on ingère chaque jour.
Attention.
Loin de moi l’idée de critiquer la pilule.
Je pense qu’en tant que jeune fille, c’est une solution nécessaire qui offre une liberté incomparable dans notre façon de jouir de notre intimité comme on l’entend.
Mais je crois que nous devrions être plus informées sur ce qui nous attend lorsqu’on décide de la prendre sur plusieurs années.
Afin de faire ce choix en conscience. Et pas parce que c’est le choix « classique », « que tout le monde fait ».
Parce que ça offre une liberté incontestable, mais il y a aussi de nombreux effets.
Personnellement sur mes émotions, mon humeur et sur ma libido, comme je vous le disais.
Je sais qu’il y a le mythe selon lequel il ne faut pas mettre de stérilet avant d’avoir eu la première grossesse.
Mais cette idée est dépassée.
On sait aujourd’hui que ce n’est plus un problème, et qu’il est tout à fait possible de mettre un stérilet dans notre vingtaine (je ne le conseillerai pas avant pour être honnête, parce que c’est quand même douloureux lors de la pose et qu’il faut être prête à ça).
C’est en 2022, à 25 ans, que j’ai décidé d’arrêter la pilule et de passer au stérilet au cuivre.
J’ai hésité avec celui aux hormones…
… Mais comme je n’avais pas de règles trop douloureuses, j’ai décidé de partir sur celui au cuivre.
Pour être vraiment débarrassée des hormones (mais le stérilet aux hormones reste une très belle option, moins douloureuse apparemment et contenant 30 fois moins d’hormones que la pilule… je trouve donc ça pas mal comme compromis).
Bref.
Je ne vais pas mentir, la pose a été douloureuse. J’ai eu des contractions pendant une journée.
En revanche, je connais plusieurs personnes qui n’ont ressenti aucune douleur en le mettant, ou seulement pendant 15 minutes. Je ne parle vraiment que de mon expérience.
Je connais beaucoup de femmes qui me disent « mais ça fait trop mal la pose, ça ne vaut pas le coup, autant prendre la pilule ».
Et à chaque fois je leur réponds la même chose :
Selon moi, entre prendre des hormones chaque jour pendant des années (ce qui est - en plus d’être mauvais pour le corps, très contraignant)…
… Et avoir mal une journée puis être tranquille pendant 5 ans
Je ne réfléchis pas une seule seconde.
Parce que c’est vraiment ça : avec le stérilet, on est tranquilles pendant 5 ans.
Après, c’est vrai, en tout cas ça s’est avéré réel pour moi :
Mes règles sont plus douloureuses et plus intenses.
Avant, sous pilule, elles duraient 2 jours, je ne ressentais rien et n’avais pas beaucoup de pertes.
Désormais, elles durent 3 jours, dont la première journée avec beaucoup de pertes et de gros maux de ventre.
C’est vrai, c’est indéniable, c’est plus douloureux. Mais supportable, en tout cas pour moi.
Comme des règles normales sont supposées l’être - en réalité.
Pour moi, même en sachant ça, ça vaut toujours le coup face à la pilule.
Parce que depuis que je suis sous stérilet, certes j’ai plus de douleurs, mais je me sens encore plus femme.
C’est peut-être horrible dit comme ça mais c’est vrai. J’ai l’impression de me reconnecter à mon corps, à mes cycles, à mes humeurs.
Je ressens beaucoup plus d’émotions. Je ressens beaucoup de joie, beaucoup de tristesse, beaucoup de colère… tout intensément, mais au moins je me sens vivante.
Je me sens traversée par la vie, par les événements, je ne me sens plus plate ni vide de sens.
J’ai l’impression de vivre vraiment.
Je ressens aussi beaucoup plus mes changements d’humeur au cours du cycle.
Avant, tout était linéaire.
Aujourd’hui, je vois bien que lorsque j’ai mes règles, je suis beaucoup plus fatiguée, beaucoup plus à plat. Je suis tendue, sensible, la moindre remarque peut me faire pleurer ou m’énerver.
Quelques jours avant mes règles, je suis en remise en question totale. Je questionne tout dans ma vie. Je suis en perte de sens.
Mais je sais que c’est hormonal.
Par contre, pendant les deux semaines qui suivent mes règles, je suis inarrêtable. J’ai de l’énergie, du feu, de la motivation.
La différence est vraiment frappante.
Et surtout, surtout, depuis que je suis sous stérilet, ma libido a juste explosé.
Je n’ai même pas assez de mots pour décrire à quel point le changement a été spectaculaire.
J’ai retrouvé mon désir, j’ai retrouvé ces sensations de chaleurs dans le corps… et ça, ça n’a pas de prix.
Pas tant pour l’intimité dans mon couple, même si c’est vrai que ça a fait bouger beaucoup de choses, mais pour moi.
Quel bien fou ça fait, de ressentir notre propre désir.
De ne plus se dire « Olala mon copain a toujours envie mais moi jamais, est-ce-que j’ai un problème ? ».
Fini, les remises en question constantes.
On se retrouve soi, avec notre propre désir et nos propres envies.
On comprend beaucoup plus ce que l’on aime, ce que l’on préfère. On est beaucoup plus au clair avec ce qui nous attire et ne nous attire pas.
On réveille ce feu intérieur, en quelque sorte.
Alors oui, dans le couple aussi, ça fait une différence évidente.
Je me souviens il y a quelques années encore, mon ex copain me reprochait de ne pas avoir « assez envie ».
Alors comme beaucoup de femmes je pense, je le faisais en me forçant un peu, en me disant que l’envie viendrait. Et c’est vrai qu’elle venait dans le feu de l’action.
Mais aujourd’hui c’est différent :
L’envie est déjà là, déjà présente. Elle n’a plus à être stimulée, elle est indépendante de l’action de notre partenaire.
Et forcément, ça remet du mouvement dans la relation.
Parce que la prise d’initiative ne vient plus que d’un côté, mais des deux.
Parce que l’autre en face ressent ce feu, qui ne demande qu’à être activé.
Alors oui, basée sur ma propre expérience, attention, je recommanderai à chaque femme de mettre le stérilet. Tant pour l’aspect pratique que pour la connexion à soi qui en découle.
Je sais néanmoins que ce n’est pas la solution parfaite non plus.
Ça reste un corps étranger dans notre corps, qui perturbe forcément notre organisme.
Je m’étais beaucoup renseignée en amont, et j’avais découvert la symptothermie.
Une méthode qui consiste à s’auto-observer afin de déterminer le début et la fin de notre cycle.
C’est sûr, c’est 100% naturel.
Mais selon ce que j’en avais compris, un peu moins efficace que le stérilet et surtout, beaucoup plus contraignant.
Ça demandait d’observer nos pertes chaque matin ainsi que notre température corporelle, de préférence à la même heure chaque jour.
Et je n’avais pas envie de ces contraintes-là.
C’est un choix, un calcul coûts-avantages. Et j’ai choisi le stérilet.
Je ne dis pas que c’est le choix parfait, je crois qu’aucun de tous ne l’est en réalité (et il en existe bien sûr d’autres que je n’ai pas cité - le retrait, la méthode Onigo, la contraception masculine, le préservatif…).
Il suffit juste de trouver celui qui nous convient le plus, en ayant toutes les informations en tête pour pouvoir prendre la décision la plus alignée à nous.
Et c’est justement ce que j’essaie de faire, dans cet article : vous donner le plus d’informations sur le stérilet, d’après ma propre expérience (donc forcément très subjective), afin que vous puissiez choisir en conscience quelle contraception vous souhaitez utiliser - si tant est que vous vouliez en utiliser une ou que vous vous posiez la question d’en changer.
J’espère en tout cas que cet article aura pu vous éclairer ou résonner.
Je suis sincère quand je dis que mettre le stérilet a été une des meilleures décisions que j’ai prises ces 8 dernières années.
En toute honnêteté, je pense que sans ça, j’aurais été incapable de mettre en place tous ces changements dans ma vie et de me reconnecter à la personne que je suis aujourd’hui.
À mes émotions, à mon intensité, à mon désir.
Parce que c’est, finalement, une grande partie de qui je suis aujourd’hui.
Je vous embrasse fort,
À mardi prochain,
Florine