Nous ne sommes pas instables, nous sommes cycliques
𓆸 Les saisons intérieures qui nous traversent chaque mois
La semaine dernière, je vous parlais de ma libération en tant que femme depuis que j’ai mis un stérilet et que j’ai arrêté la pilule.
En partie parce que ça m’a permis de me reconnecter à mes cycles. À mon corps. À mon rythme intérieur.
Je crois qu’en tant que femme, on ne se rend pas compte de tous les cycles que nous vivons et traversons. Chaque mois.
Nous sommes formées à vivre en pilote automatique, à avancer comme si tout allait « toujours bien », comme si nous avions toujours la même énergie, la même force, la même motivation.
Comme les hommes.
Nous sommes formées à vivre et à avancer comme des hommes, alors que nous sommes des femmes.
Tout ça, parce que nous sommes déconnectées de notre corps, de notre intuition, de notre sagesse intérieure.
Nous sommes coupées de tout ça, dès l’adolescence.
Nous prenons des hormones dès les premiers signes de puberté pour protéger nos rapports intimes, diminuer nos douleurs menstruelles ou encore supprimer nos boutons d’acné.
Ce qui fait qu’on n’a même pas le temps de se rendre compte de notre nature cyclique. D’apprendre à connaître l’intensité qui nous habite. Nos hivers, nos étés intérieurs. Tout ça, c’est coupé. Trop tôt.
Mais justement, depuis que j’ai mis le stérilet, je m’y suis reconnectée.
Au fil des années, j’ai appris à traverser ces cycles plus sereinement. À comprendre qu’ils sont normaux, qu’ils sont sains, et que lutter contre ne fait que les empirer.
J’ai beaucoup lu, à ce sujet. Mais j’ai toujours trouvé ça compliqué.
Trop spécifique. Trop précis.
Ça ne me correspondait pas. Je ne m’y retrouvais pas. C’est en tâtonnant, que j’ai découvert et compris les cycles qui me traversaient.
⟡ 1 - Automne intérieur
Quelques jours avant mes règles : remises en questions et doutes
Ça a été le plus difficile à apprivoiser, pour moi.
Parce que lorsque j’ai mis le stérilet, je n’avais aucune idée du torrent émotionnel que ça allait engendrer.
Surtout à cette période de mon cycle.
Et même si j’ai lu, même si j’en ai parlé à des amies, j’ai longtemps culpabilisé, j’ai longtemps cru que je n’étais pas normale. Que je ressentais trop.
3 à 4 jours avant mes règles, je suis en pleine remise en question. Tout y passe.
Mais quand je dis que tout y passe, c’est que vraiment tout y passe.
Je remets en question mes choix de vie, mes relations, mon travail, mon lieu de vie… Je doute de tout.
Un peu comme si je faisais un bilan inconscient de ce que j’ai dans ma vie, et que je décidais de garder ou non.
Et c’est extrêmement désagréable à vivre.
Parce qu’on se sent comme un pantin de nos émotions, de nos questionnements.
J’ai personnellement l’impression d’avoir un marteau dans la tête, qui frappe encore et encore, sans me laisser de repos.
C’est une phase où je suis pleinement dans le mental par nature, et peu dans mon corps.
Jusqu’à il y a quelques semaines, je détestais cette période.
Je ne comprenais pas son intérêt. Je ne comprenais pas l’intérêt de faire ressortir et remonter à la surface certains doutes que j’avais décidé de mettre de côté.
Mais en fait j’ai compris que cette phase de notre cycle sert justement à mettre en lumière ce qu’on ne prend pas le temps de regarder en face durant le reste du mois.
C’est un peu comme une mue, un bilan nécessaire, qui ne nous laisse pas le choix que de réfléchir à ce qui ne nous convient plus, à ce dont on souhaite se dépouiller.
C’est pour ça, que je l’appelle mon automne intérieur : c’est la saison de mon cycle durant laquelle je choisis quelles feuilles je laisse tomber avant l’hiver.
Lesquelles repousseront au printemps, et lesquelles resteront dans la terre.
C’est une période difficile pour le corps. Mais nécessaire pour notre cheminement personnel.
Car elle nous « force » à avancer, à évoluer, et à ne jamais nous contenter de ce qui ne nous plaît plus mais nous retient par confort.
Alors durant cette phrase, j’essaie de me donner tout l’amour dont j’ai besoin. Je prends le temps d’écouter ces questionnements, je suis beaucoup plus dans l’introspection.
Je prends encore plus le temps de faire mon yoga, mes méditations, je me fais plaisir sur la nourriture… pour ne pas frustrer mon corps qui vit déjà une période difficile.
Je me mets aussi en mouvement, je me force Ă courir, Ă bouger mon corps - pour mettre mon cerveau sur pause.
Parce que c’est bien de remettre en question les aspects de notre vie, ça l’est moins de tomber dans de la rumination et de la masturbation mentale.
Et surtout, j’en parle à mes proches.
Si je leur émet des doutes, je les préviens que je suis dans cette phase de mon cycle et que mon avis sera peut-être différent d’ici quelques jours, une fois que ce sera réfléchi, mûri et digéré.
C’est pour ça que je ne prends pas de décisions hâtives durant cette période.
Je les laisse mûrir, mais je ne les prends qu’après avoir laissé plusieurs jours couler.
Pour ne pas prendre une décision purement mentale, mais une décision émotionnelle rationnelle et intuitive. Ce que ne me permet pas mon corps à ce moment-là .
⟡ 2 - Hiver intérieur
Pendant mes règles : sensibilité accrue
Le premier jour de mes règles est douloureux et intense.
J’ai beaucoup de pertes. Et je perds donc beaucoup d’énergie.
J’ai des crampes au ventre, des maux de tête et des sensations de chaud-froid dans tout le corps.
Je réalise seulement ces dernières années la douleur que mon corps subit ce jour-là et les deux autres qui suivent.
C’est banalisé. C’est vu comme normal.
Et c’est vrai, ce n’est pas choquant d’avoir mal les premiers jours de nos règles, c’est même plutôt normal.
Mais ce n’est pas une raison pour rester déconnectée de notre corps et ne pas en prendre soin. Et encore moins pour le blâmer.
Parce que c’est ce que je faisais depuis mes 14 ans, et l’apparition de mes règles.
Je blâmais mon corps de ressentir ces douleurs, je le détestais, je haïssais le fait d’être une femme.
J’avais cette pensée en boucle « je préfèrerai être un homme ».
J’étais en totale dissociation de mon corps et de ce que je ressentais. Alors que c’est l’inverse dont j’avais besoin.
J’avais besoin, déjà , de comprendre que mon corps traversait un deuil.
Le deuil de mon ovule non fécondé. Et qu’il devait traverser ça.
Parce qu’on oublie ça, je crois : on oublie qu’une des fonction primitive et ancestrale de notre corps est de féconder.
Je ne dis pas que c’est une nécessité, loin de là , mais biologiquement c’est ce à quoi notre corps s’attend en produisant des ovules et en saignant chaque mois.
Alors quand, à la fin de notre cycle, ce rôle n’a pas été rempli, il est en deuil. Et il a besoin de nous.
Que l’on prenne soin de lui, et donc de nous.
C’est un temps où on a besoin de nous replier sur nous-mêmes, de dormir plus, de manger plus sucré…
… De manger plus consistant, de nous mettre de la crème sur le corps, de faire des choses qui nous reposent et nous font du bien.
Ce n’est pas un temps où nous devons être dans l’action, mais un temps où nous devons nous reposer, être au calme, faire les choses lentement. Prendre le temps de faire ce que l’on ne pourra plus faire dans les 15 jours à venir.
C’est vraiment un hiver intérieur, un temps de vide, de lenteur, de calme, que nous devons respecter et honorer.
Parce que c’est important de laisser à notre corps le temps de se régénérer avant l’arrivée du printemps.
⟡ 3 - Printemps intérieur
La semaine qui suit mes règles : regain d’énergie, motivation
La semaine qui suit mes règles, je vis un réel printemps. Comme celui que l’on trouve dans la nature.
Ma libido explose (alors que durant les quelques jours avant mes règles, elle est au plus bas), ma motivation est à son comble et j’ai tellement d’énergie que je ne sais plus quoi en faire.
J’ai l’impression de sortir de 6 mois d’hiver et de redécouvrir le feu intérieur qui m’habite.
C’est vraiment ça, en fait. À cette période de mon cycle, le feu s’active en moi.
C’est une phase plutôt agréable à vivre : on a de la motivation, de l’envie, on est dans l’action, on se sent invincibles, on fait beaucoup de choses et vite…
C’est une superbe phase pour avancer sur nos projets, pour sortir, pour faire du sport et se rapprocher de nos objectifs.
C’est le moment de faire ce qu’on n’a pas eu l’énergie de faire pendant notre automne et notre hiver intérieurs.
C’est le printemps, c’est l’action, ça bourgeonne, ça fleurit de partout.
Néanmoins, je crois que le risque - en tout cas celui dans lequel je me fais prendre à chaque fois, c’est de partir dans tous les sens.
D’oublier le fil rouge, la ligne directrice. Ce pour quoi on fait les choses, le sens.
Et surtout, de ne pas prendre en compte les fluctuations d’énergie que nous aurons durant le reste de notre cycle. C’est par exemple dans ces phases que je m’inscris à deux courses dans l’année, que je dis oui à 5 sorties randonnées et 3 sorties ski.
Mais j’apprends, encore aujourd’hui, avec le temps, à ne pas dire oui seulement selon mon énergie du moment. Mais à dire oui en prenant en compte mon énergie sur l’ensemble du mois. Sur l’ensemble de mon cycle.
Pour ne pas m’épuiser, pour ne pas dépasser mes limites, pour ne pas subir.
⟡ 4 - Été intérieur
Les deux semaines qui suivent : l’équilibre
Les deux semaines qui suivent, c’est l’équilibre entre l’action et le repos.
Personnellement, durant ces deux semaines, j’ai l’impression que tout est plutôt stable.
Mes émotions, mes humeurs, ma libido… J’ai l’impression de retrouver l’équilibre que j’avais perdu les deux semaines précédentes. Et ça fait du bien, de retrouver ces sensations d’alignement, de calme, de stabilité.
Mais je sais que ce n’est possible qu’en traversant des phases où l’on perd l’équilibre. L’un n’est pas possible sans l’autre. On ne peut trouver l’équilibre sans le perdre d’abord.
J’espère de tout mon cœur que cet article aura pu mettre des mots sur ce que vous ressentez et traversez à travers vos cycles. Ça prend du temps, de se connaître, d’apprivoiser son corps.
Mais aussi de l’écouter et de le respecter.
C’est encore un chemin pour moi, même si depuis ces dernières années, je sens que je m’y suis profondément reconnectée.
J’espère que cet article aura pu vous éclairer sur vous-même, votre propre fonctionnement en tant que femme et sur les saisons qui vous habitent.
Notre cycle est différent pour chacune.
Ce dont je vous ai fait part ici, c’est uniquement mon cycle et la façon dont je l’ai compris à ce jour. Mais quoi qu’il en soit, j’espère que ces lignes vous inspireront à partir à la découverte de votre propre rythme, de vos propres saisons, afin de vous reconnecter à votre corps et à votre sagesse intérieure.
Celle qui sait déjà .