Trop sensible, trop émotive… : je vois encore ma sensibilité comme un fardeau 

J’ai hésité à écrire un article cette semaine.

Parce que je suis épuisée. Parce que c’est Noël. Parce que je me dis que vous n’aurez pas le temps de le lire avec les fêtes. 

Puis, je me suis dit que justement, c’était parfaitement le moment.

Parfaitement le moment pour écrire sur la sensibilité, le trop-plein d’émotions, le trop-plein de stimulations, et sur la façon dont elle nous épuise - sans le savoir.

Encore plus durant cette période. 

On vous a déjà dit que vous étiez trop sensible ? Trop émotive ? Trop ? Juste trop. 

J’ai longtemps moi-même refusé de me mettre dans la case « hypersensible ».

Parce que je n’ai pas été diagnostiquée comme telle. Parce que c’est presque devenu un effet de mode, à en regarder les réseaux sociaux.

Et au fond, je suis persuadée que c’est vrai.

Nous sommes tous hypersensibles, ou à tout le moins sensibles, seulement à un degré différent. 

Mais alors, j’avais l’intime sensation de n’avoir rien à dire que vous ne sachiez déjà. Que vous ne vivez déjà pas dans votre corps.

Puis j’ai réalisé que moi-même, j’apprends encore à accepter, à vivre, à dompter ma sensibilité.

Je dis bien dompter, parce qu’à ce jour - ce serait mentir de dire l’inverse, c’est un fardeau pour moi.

Je n’ai pas encore vraiment compris comment en faire une force, comment la laisser me traverser. 

Je ressens tout, fois mille

Je ressens directement quand quelqu’un est énervé, triste ou ennuyé. À la seconde près. Je ressens le changement dans son énergie instantanément, alors même que je n’ai rien demandé. Que je n’ai pas cherché l’information. 

Je ressens mes émotions de façon décuplée, elles me traversent comme un ouragan et me laissent complètement vidée. Quand je suis joyeuse, je suis joyeuse à 1000%. Mais quand je suis triste, je suis aussi triste à 1000%. Je peux tomber dans des phases de grande déprime, de perte de sens, de « à quoi bon ? ». 

Je ressens tout, avec tous mes sens. La moindre odeur me soulève le cœur, le moindre son me hérisse le poil, le moindre paysage me fait couler la larme. Et c’est génial. Mais c’est aussi terriblement épuisant. En ville, principalement. C’est comme s’il y avait perpétuellement une cacophonie dans mon crâne, qui jouait encore et encore, sans jamais s’arrêter.

Je ressens les énergies d’un lieu, d’une maison, d’une pièce instantanément. Je sais si je m’y sens bien ou mal, directement. Je sais s’il y a quelque chose de bizarre ou pas, instantanément. Et j’en suis très dépendante. Dans le sens où je n’arrive pas à passer au-dessus. Dans le sens où je n’ai aucun outil pour mieux vivre ces moments. 

Et c’est terrifiant. 

Je ressens tout, dans mon corps, avec une intensité si forte.

À tel point que j’ai l’impression - parfois, que mes émotions me dévorent. 

Combien de fois, ai-je cette sensation de devoir rentrer chez moi, parce que je me sens oppressée à l’extérieur.

Comme si c’était trop. Comme si je ne pouvais plus rien supporter. Comme si j’allais exploser. 

Trop de sensations. 

Trop de gens. 

Trop d’odeurs. 

Trop de bruits. 

D’où l’importance, pour moi, d’avoir mon cocon. Mon chez moi, dans lequel me replier lorsque le monde devient trop. 

Et c’est épuisant. 

C’est épuisant parce que je ne sais pas comment gérer cette sensibilité. Et peut-être que vous non plus. Parce qu’on ne nous a jamais dit comment ça fonctionne.

On ne nous a jamais dit, qu’il existait plusieurs formes de sensibilité.

J’ai appris ça hier, pour être honnête, et ça a été si puissant de mettre enfin des mots sur ce que je vivais depuis des années, sans le comprendre, sans arriver à le mentaliser.

La sensibilité émotionnelle, le fait de ressentir toute la palette de nos émotions fois mille. 

La sensibilité sensorielle, le fait de se sentir oppressé et vidé lorsqu’il y a trop d’odeurs et de sons différents. 

La sensibilité des lieux, le fait de savoir instantanément - en notre for intérieur, l’énergie d’un endroit donné. J’appelle ça, personnellement, l’intuition. 

Personne ne nous a appris, dans ce monde rationnel et cartésien, comment vivre avec une si grande sensibilité à tout ce qui nous touche. 

J’ai parfois juste la sensation que ce monde n’est pas fait pour nous.

Qu’il y a trop de stimulations, trop de sons, trop d’odeurs, trop de tout. 

C’est peut-être pour ça, que j’aime tant être en montagne.

Il n’y a que le bruit des feuilles, des oiseaux, des ruisseaux.

Rien d’autre. Juste du calme. 

C’est peut être pour ça, que j’aime tant être seule.

Parce qu’au moins, je ne ressens plus les émotions de l’autre en face de moi.

Je ne prends plus ce qui ne m’appartient pas. 

Certains me disent que c’est un immense cadeau, cette sensibilité à l’autre. De pouvoir ressentir quand il va mal. Mais si je suis honnête avec vous, je vois encore ça comme un fardeau.

Parce que je ne sais pas quoi faire de ces informations.

Dès que je sens mon copain fatigué, triste ou énervé, je le ressens. Je lui demande ce qui ne va pas, ce que je dois faire pour l’aider. Et ce n’est pas toujours la bonne solution. Parfois on a juste besoin d’être seul. De ne pas en parler, de digérer. Parfois encore, ce n’est même pas nécessaire de parler. 

Je crois qu’en tant que femmes, nous avons toutes cette sensibilité, cette intuition, ce sixième sens.

Plus ou moins ouvert. Mais nous ressentons toutes.

Et je crois que si, comme moi, nous n’arrivons pas à canaliser ces ressentis, nous nous épuisons. Je crois que c’est pour ça, en partie, que nous avons des phases de grande fatigue. Dues à nos cycles, bien sûr, mais aussi à notre sensibilité.

Nous prenons l’énergie des autres, les problèmes des autres - sans nous en rendre compte. 

Personnellement, je ne me suis jamais sentie aussi épuisée depuis que je laisse ma sensibilité me traverser. Ou du moins, depuis qu’elle ne me laisse plus d’autre choix que de me traverser.

Pendant des années, jusqu’à mes 25 ans je dirais, je bloquais. Je refusais.

Surtout, jusqu’à mes 25 ans, j’étais sous pilule. Depuis que j’ai mis le stérilet, honnêtement, ma vie a complètement changé. Intimement, mais surtout émotionnellement. J’ai l’impression qu’un volcan s’est réveillé, après 10 ans d’extinction.

Je vous en parlerai dans un article entier, parce qu’il y a tant à dire sur ce sujet. Mais tout a vraiment changé.

Pour être honnête, je n’ai pas encore démêlé moi-même mon propre fonctionnement. J’apprends encore à me connaître. J’essaie juste de mettre des mots sur ce que je ressens à l’intérieur, pour que peut-être vous puissiez vous retrouver dedans. 

Ça fait seulement 3 ans que j’apprends à vivre avec toute cette sensibilité qui m’habite, mais voici ce que j’ai compris jusqu’ici :  

J’ai compris qu’en tant que grande sensible, j’ai besoin de beaucoup de calme, de temps seule, de temps en nature. Pour me recharger. Pour ne pas capter l’agitation du monde autour. Pourtant, j’adore aller en ville, c’est stimulant, mais quelques heures seulement. Puis j’ai besoin de rentrer dans mon cocon.

J’ai compris à quel point c’est indispensable, justement, d’avoir son cocon. Son chez-soi, son lieu ressource. Son lieu où l’on se sent bien. Et c’est peut être aussi pour ça que j’ai peur, à l’avenir, de vivre à nouveau avec quelqu’un. Parce que je n’aurai plus de « chez moi », ce sera uniquement un « chez nous ». 

J’ai compris l’importance de fréquenter des personnes avec qui on se sent à l’aise de communiquer. Des personnes à qui on peut dire « là, je ne suis à l’aise », « là, je suis fatiguée j’ai besoin de rentrer ». Des personnes avec qui on n’a pas besoin de faire semblant, des personnes avec qui on peut parler de toutes ces émotions qui nous habitent, pour se sentir comprises. 

J’ai compris la possibilité de transformer mes émotions en créativité. Pour être honnête, ça, je n’y arrive pas toujours. Très peu, même. Pourtant, avec du recul, plusieurs de ces articles sont inspirés de ma colère. Je me souviens en septembre être sur la plage, énervée, à ruminer. Alors j’ai écrit. J’ai écrit sur la colère et ça a été si fluide. Ça a été si bénéfique. Parce que ça m’a canalisé. Ça m’a permis d’éliminer, de laisser couler. Et combien, ô combien, sont inspirés de ma tristesse. Surtout mes poèmes. 

J’ai compris que le sport est l’exutoire de mon trop-plein d’émotions. Qu’est-ce que ça m’aide. Et pas n’importe quel sport. Un sport qui me défoule, qui me permet de poser mon cerveau, de ne pas réfléchir. De juste me laisser porter. Quand je me sens énervée, triste, mélancolique, je sors courir. Je sors prendre l’air, comme pour sortir de mes pensées, et je cours. Pour moi c’est la meilleure des thérapies. C’est comme une vidange. Une remise à zéro de mes émotions. 

C’est important, je crois, de ne pas refermer le couvercle. De ne pas nier la profondeur de ce qui nous traverse, mais de le partager au monde.

C’est peut être ce que j’essaie de faire, à travers cet article. J’essaie de me mettre à nu, et de vous partager mon intime.

Mais si j’ai appris quelque chose, surtout, c’est que la nature nous aide tellement à traverser notre sensibilité.

Je vous assure.

Allez en nature, écoutez les oiseaux, admirez les paysages, touchez l’eau fraîche du ruisseau. Ça peut paraître si simple, si évident, et pourtant nous sommes tant à être coupés du monde.

Or, je crois profondément que se couper du monde extérieur c’est se couper de son monde intérieur. Et lorsqu’on a tant d’émotions, tant de ressentis, ce n’est jamais la solution.

Parce que même si je le vois encore comme un fardeau, je suis persuadée qu’au fond, c’est un immense cadeau.

Je ne le comprends peut-être pas encore, mais lorsque ce sera le cas, je vous le partagerai, comme toujours. 

J’espère du fond du cœur que cet article aura pu résonner en vous. Qu’il aura pu mettre des mots sur votre propre sensibilité, ou celle de vos proches. Si vous le voyez comme un fardeau, vous n’êtes pas seule. Si vous le voyez comme un cadeau, juste bravo.

Si cet article vous a parlé, a fait remonter quelque chose, n’hésitez pas à me laisser un commentaire. Ou à m’envoyer un message. Je suis toujours ravie, chaque semaine, d’échanger avec vous et de voir ce qui résonne en vous.

Merci de me lire.

Je vous embrasse fort,

À mardi prochain,

Florine

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