Je quitte mon travail

Je quitte mon travail.

Mon premier “vrai” travail.

Celui que j’avais depuis septembre dernier.

Celui qui m’a accompagné durant ma transition de vie l’an passé.

Je venais d’arriver dans la région, avec mon ex-copain, et le destin a fait que 3 mois plus tard on s’est séparés. Je venais de commencer ce travail à Lausanne, alors j’ai décidé de rester. De déménager pour me rapprocher du lac. De créer mon chez moi. De construire ma vie ici. Et mon travail en faisait grandement partie.

Il m’a construite.

Il m’a fait gagner confiance en moi.

Il m’a appris, tellement appris.

Grâce à lui, j’ai rencontré mes premiers amis ici.

J’ai eu mon premier “vrai” salaire. J’ai loué un appartement, mon cocon aujourd’hui. J’ai appris la valeur de l’argent. J’ai pu faire toutes les sorties dont j’avais envie.

En somme, j’ai eu le mode de vie que je rêvais d’avoir.

Pourtant, début octobre, j’ai décidé de partir.

Ou plutôt, pour être plus précise, j’ai demandé à être licenciée (car il n’y a pas de rupture conventionnelle en Suisse).

J’aimais mon travail, j’aimais mes collègues, j’aimais la vie à Lausanne, j’aimais l’équilibre que j’avais trouvé dans le salariat.

Mais ça n’allait plus. Ça n’avait plus de sens.

Je crois que je ne suis pas prête à m’étendre sur les raisons précises de ce départ - qui a été très brusque en réalité, mais peut-être dans quelques mois. Quand tout sera plus posé, plus calme, moins émotionnel.

Depuis cette décision, je stresse.

Les premières semaines qui ont suivi, une nuit sur deux, je n’arrivais pas à dormir. Je me réveillais en plein stress. Je me demandais si j’avais pris la bonne décision.

Je me jouais, en boucle, les pires scénarios dans ma tête.

Et si tu n’as pas assez d’argent ?

Et si tu t’ennuies ?

Et si tu ne retrouves rien ?

Et si tu dois lâcher ton appartement ?

Et si tu dois rentrer à Toulouse ?

Et bien d’autres encore.

Je ne pouvais en parler à personne. Car comment assumer ce stress, ces pensées négatives, ce brouillard alors que c’était ma décision à moi ? Comment ne pas passer pour une personne paradoxale ?

“Mais c’était ta décision, pourquoi tu n’y as pas pensé avant ?”

Tout simplement parce que sur le moment, cette décision était une évidence.

Mais ce n’est pas pour autant qu’elle était simple à prendre. Surtout quand le mental se met à cogner. Surtout quand toutes nos plus profondes peurs se réveillent.

Parce que le CDI, c’était synonyme de paix pour moi.

Je ressentais ce calme dans tout mon être. Cette sécurité.

La sécurité d’avoir un toit sur la tête.

La sécurité de pouvoir partir en vacances quand je voulais.

La sécurité de pouvoir faire les activités, les sorties, les expériences dont je rêvais.

La sécurité de m’acheter les meilleurs produits frais.

Mais aussi :

Le fait de ne pas penser à ce que je veux faire après, de pouvoir mettre mes rêves de côté sans culpabiliser.

Le fait d’avoir moins de temps pour m’ennuyer, pour me poser des questions, pour cogiter.

Le fait de ne jamais être seule, d’avoir une vie sociale épanouie.

C’est plus simple, c’est indéniable. Ou en tout cas, ça me sécurise assez pour apaiser mes peurs viscérales les plus profondes.

Ça me fait penser à un soin énergétique que j’avais fait il y a quelques mois. La praticienne m’avait dit : “Je ressens une grande insécurité, très primitive, dans ton bas ventre. Une insécurité sur le fait de survivre. De pouvoir te nourrir. Quelle était la relation de ton père avec l’argent et la sécurité ?”.

Mon père a fait toute sa carrière dans une grande boîte, donc je pense que vous saisissez ce qu’elle voulait dire par là, et par les croyances que cela a pu insuffler en moi. Mais aussi les peurs :

Le CDI, c’est la sécurité. L’argent, c’est la sécurité. Le reste, c’est la mort.


Et la mort pas au sens symbolique du terme. La mort pour de vrai.

Je le sens dans tout mon système : j’ai peur de ne pas arriver à survivre sans cette soupape de sécurité.

Et encore…

J’ai une famille qui a les moyens de m’aider si besoin.

J’ai de l’argent de côté.

J’ai des diplômes me permettant de trouver un travail alimentaire rapidement si besoin.

Beaucoup n’ont pas cette chance, je le sais bien, mais pourtant.

Pourtant je stresse, et j’ai décidé d’arrêter de me culpabiliser.

Parce que je ne contrôle pas. Parce que j’ai compris que c’est quelque chose de bien plus profond. C’est quelque chose qui est ancré en moi, depuis ma plus tendre enfance. Mais pas seulement.


C’est quelque chose que j’ai récupéré de ma lignée. Beaucoup avant moi, même dans ma famille, n’avaient pas cette sécurité. N’avaient pas cette possibilité d’avoir des rêves. Comment en avoir, quand il faut déjà s’assurer de survivre ?

Alors j’ai encore leurs peurs en moi. Je peux les nier si je veux, je peux les apaiser avec un CDI si je veux, mais ça ne les enlèvera pas. Et ça, je viens de le comprendre, seulement maintenant.

Je viens de comprendre que le CDI, ce n’était qu’un bouclier face à mon sentiment d’insécurité constant. Mais un bouclier voué à fondre.

Parce que la solution n’est pas de garder un CDI à vie. C’est déjà impossible à prévoir, surtout en Suisse, où les licenciements sont très faciles. Et même si je le voulais, c’est quelque chose sur lequel je n’aurai aucun contrôle.

C’est un mirage, un mirage de contrôle, mais au fond, le problème reste le même : j’ai peur de manquer, j’ai peur de ne pas assurer ma survie, j’ai peur de mourir.

Cette nuit encore, je n’ai pas réussi à dormir.

Je me suis réveillée en pleine nuit, et impossible de me rendormir.

À ce jour, je n’ai pas encore trouvé de solutions pour apaiser mon mental dans ces moments-là. En pleine journée, je mets ma musique à fond et je vais courir. Mais en pleine nuit, je suis comme démunie. Seule dans le noir face à ces pensées qui tournent, en boucle et en boucle.

Ma mère m’a toujours dit que j’avais une nature anxieuse, je crois qu’avec cette expérience j’en comprends vraiment la signification.

C’est comme si c’était impossible de mettre sur pause. C’est comme si la machine était lancée, et qu’elle était impossible à arrêter.

Mais je me demande de plus en plus, doit-elle vraiment être arrêtée ? Ou au contraire, n’est-ce pas justement l’occasion de laisser émerger ces peurs pour leur montrer qu’au final, tout va bien ? Que j’ai encore un toit sur la tête, que j’aurai toujours des solutions, que je me fais confiance ?

Que la sécurité ne dépend pas d’un travail, mais d’un sentiment profond à l’intérieur de moi ?

C’est peut-être l’occasion, je le pense vraiment, de dépasser ces peurs.

Ou du moins de les laisser s’exprimer. Parce que tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime.

Tout ce stress que je ressens constamment, (ce n’est pas pour rien que je grince des dents depuis l’enfance), n’est-il pas nécessaire que je le laisse sortir ?

Même si c’est, croyez-moi, terrible à ressentir sur le moment. C’est désagréable, c’est difficile, c’est douloureux. Mais je crois que c’est le moment. C’est le moment d’évoluer, de grandir, de montrer à mon cerveau que les choses peuvent être autrement. Que la sécurité n’est pas le CDI. Que la sécurité peut venir d’ailleurs, et qu’il me reste à trouver comment.

Bref, le 31 décembre, je quitterai pour de bon mon travail.

Le dernier jour de l’année, comme un rite de passage. Une fin, pour commencer l’année 2026 sur une nouvelle note. Pour ouvrir un nouveau chapitre de ma vie.

Je ne sais pas ce que celui-ci me réservera, mais je sais déjà qu’il sera encore plus aligné à la nouvelle version de moi.

Parce que quand nos décisions sont prises en suivant notre instinct, en écoutant notre petite voix, je crois profondément qu’elles nous mènent vers la prochaine étape de notre évolution.

Pas forcément plus de bonheur, attention. Ça peut être douloureux, je crois. Mais nécessaire pour avancer.

Je ne sais pas si celle-ci sera douloureuse ou non, mais je suis néanmoins convaincue qu’elle sera pleine de remises en question.

Bref, un chapitre de ma vie se tourne, doucement. Je prépare peu à peu mon départ. Je commence à imaginer à quoi ma vie ressemblera dans quelques semaines. Ce sera une vie différente, c’est certain. Mais je sens que cette dernière année, j’ai posé les bases. Les bases de qui je suis, de la femme que je veux devenir, de la vie que je veux vivre.

Et je crois que c’est important de clôre un chapitre avant d’en être dégoutée, avant d’être dans la rancune, avant de souffrir.

C’est difficile de partir au bon moment, dans le travail comme en amour, mais je crois que je pars au bon moment.

J’espère que cet article aura pu résonner avec votre propre expérience à vous. Si vous êtes passée par là, par ce genre de décisions (simples en apparence mais lourdes de sens et de remises en question au fond), je serai ravie d’échanger avec vous. On vit souvent ces moments seule, sans avoir quiconque à qui en parler. Sans oser en parler, pour ne pas se plaindre. Pour ne pas déranger. Pour ne pas faire “sa victime”.

J’ai justement créé ce blog pour avoir un espace ouvert, libre, dans lequel il est possible de parler de tout. Absolument tout. Parce que ce qui n’est pas dit pourrit en nous et ressort en dix fois plus fort.

Bref, je suis avec vous. Toujours.

À mardi prochain,

Florine

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