Comment surmonter la peur du conflit

Hello à toutes et à tous,

J’espère que vous allez bien. De mon côté, je profite de ce temps en famille, sur mes terres natales à Toulouse, pour recharger mes batteries.

Je prends le temps de me balader avec ma mère dans le Lauragais, de cuisiner des bons petits plats, de discuter pendant des heures de sujets profonds…

Bref, le retour au temps long, qui fait du bien de temps en temps.

Et justement, hier, au détour d’une conversation, ma mère me racontait qu’elle détestait le conflit et qu’elle n’arrivait pas à surmonter cette peur-là.

Que c’était handicapant, parce qu’elle aimerait pouvoir dire quand ça ne va pas, mais que ça ne sortait pas.

C’est là que je lui ai répondu : “Tu sais, Maman, je crois que personne n’aime le conflit”

Et je le pense vraiment.

Je pense que c’est stressant pour tout le monde, de regarder quelqu’un dans les yeux et de lui dire ce qui nous dérange, ce qui nous a blessé ou ce qu’on aimerait changer chez lui.

Ce n’est jamais agréable, d’avoir ce genre de conversations.

Ce n’est jamais agréable, de savoir qu’on va heurter une personne en face.

Ce n’est jamais agréable, de faire consciemment quelque chose qu’on sait d’avance désagréable.

Avant chaque conversation difficile, j’ai les mains moites, le coeur qui bat vite et la gorge serrée

Je sens mon corps en stress, en panique totale. J’ai envie de fuir, les mots peinent à sortir. Il faut que je m’y reprenne à 5 fois avant de pouvoir sortir le fameux “Il faut que je te parle”.

Parfois, ça me prend même des heures, d’arriver à le dire.

Je me demande à chaque fois si je ne devrais pas plutôt me taire, si “ce n’est pas si grave que ça”, si je ne devrais pas faire l’impasse et en parler la prochaine fois, “si ça se reproduit”.

Et c’est normal. C’est humain, de vouloir fuir le conflit. De vouloir fuir ces conversations difficiles.

Notre corps est fait pour nous éviter de ressentir ce genre de stress. Parce qu’il veut nous garder en sécurité

Et qui dit sécurité dit ne pas se fâcher. Ne pas entrer dans l’arène.

Ça m’a beaucoup aidé, de comprendre que mon corps n’était pas naturellement fait pour aimer le conflit. Ça déculpabilise.

Puis je pense aussi que ça dépend grandement de la famille dans laquelle on a grandi

Mes parents ne se disputaient jamais devant moi : je n’ai jamais entendu un mot plus haut que l’autre, ni même un débat démontrant une quelconque divergence d’opinions.

Le conflit, chez moi, on ne connaissait pas. Donc c’est difficile, après, d’arriver à le reproduire sans n’avoir aucune base. Aucun modèle.

Et je ne dis pas que ce soit mieux dans les familles qui se prennent la tête facilement.

J’ai une amie dont les parents sont très souvent dans le conflit, depuis son enfance, et ça lui a justement laissé un goût amer. Le moindre conflit vient la déclencher et mettre son corps en état de stress total, au point de paniquer, d’angoisser et de pleurer. Parce qu’elle ne veut pas revivre ces souvenirs.

Je crois que nous sommes peu, dans notre génération, à avoir eu des exemples sains de conflit

Chez nos parents, la communication était souvent soit absente, soit excessive. Et je ne les blâme pas, personne ne leur avait appris…

… Mais aujourd’hui, nous avons tellement de ressources pour apprendre à communiquer de façon plus saine et plus empathique avec la personne en face de nous.

Je pense forcément à la communication non-violente, mais nous avons aussi une approche plus thérapeutique dans nos relations : nous sommes aussi plus conscients de nos mécanismes de défense, plus à l’écoute, plus ouverts je pense.

Le conflit n’est plus synonyme de se “crier dessus” ou de “quelque chose de grave”. Dans ma famille, le conflit était si rare que quand quelque chose n’allait pas, on avait tout de suite l’impression que c’était grave, qu’il y avait un problème.

Alors que parfois, il s’agissait d’une simple remise à niveau, qui ne sous-tendait rien de grave. Mais qui nécessitait néanmoins un ajustement, un équilibre à retrouver.

Je ne dis pas que ce soit moins stressant mais au moins, on sait pourquoi ce conflit est nécessaire.

Avant chaque discussion difficile, quand je commence à paniquer, à ne plus vouloir parler, à me dire que finalement “ce n’est pas si grave”, je me répète toujours la même phrase :

“Allez, arrache le pansement. Dans tous les cas, tu ne pourras pas le garder indéfiniment. Alors autant l’enlever maintenant”

Ça peut paraitre assez futile, mais cette phrase me convainc à chaque fois. Parce que je sais que c’est vrai : si je n’en parle pas maintenant, je sais que ça reviendra plus tard.

C’est une cocotte-minute. Je peux attendre et repousser mais un jour, ça finira par exploser.

Et je préfère laisser sortir ce que j’ai sur le coeur tant que je ne suis pas submergée par mes émotions et que je suis capable de m’exprimer clairement.

Autrement, mon message ne sera pas compris, pas entendu, et personne n’y aura gagné.

Et puis, je crois que c’est bien de penser à soi, dans ces moments-là :

Si quelque chose nous pèse, pourquoi devrions-nous le garder ? Uniquement pour ne pas froisser l’autre ?

Mais pourquoi, dans ce cas, serait-ce à nous de payer le prix ?

Ce n’est pas juste. Le poids doit revenir aux deux.

Et dans tous les cas, exprimer ce qu’on a sur le coeur ne peut faire que du bien à la relation : sur le moment, ça va peut-être être difficile et désagréable mais après coup, ça va nous permettre de faire des ajustements et d’évoluer ensemble.

Et si ce n’est pas le cas, si la relation doit se ternir, se froisser et se terminer, c’est peut-être qu’elle n’avait pas vocation à durer.

Mais au moins, on se sera exprimé. On moins, on aura aucun regret.

Petit pas par petit pas

Je ne crois pas au fait qu’un jour on se réveille en ayant changé du tout au tout.

Non, nous fonctionnons de telle façon depuis des dizaines d’années, et ça prend du temps à notre corps d’intégrer les changements.

C’est le cas pour la façon de gérer le conflit : je ne crois pas qu’un jour, on se réveille en ayant plus peur de s’exprimer. En tout cas, ce n’est pas mon cas.

Mais à chaque fois que l’occasion se présente, j’essaye de faire ce choix :

Ce choix conscient, difficile mais réfléchi, de m’exprimer et de rentrer dans un potentiel conflit

Parce que je sais que c’est nécessaire, pour moi et pour la relation à laquelle je tiens. La relation à laquelle je tiens tellement que je suis prête à faire subir à mon corps un état de stress et de panique.

Et à chaque fois, petit pas par petit pas, je vois à quel point c’est un peu plus facile. Un peu plus naturel.

Je ne sais pas si un jour ça le sera totalement, je ne sais pas si un jour j’arriverai à parler librement sans sentir ma bouche se bloquer, comme pour m’empêcher de parler.

Mais en tout cas j’essaye.

Et ça donne tellement confiance en soi, de se sentir capable d’aller à l’encontre de sa peur et d’oser exprimer ce qui nous brûle la langue et nous tord les entrailles.

Alors j’espère que cet article vous aura donné l’envie et la confiance d’oser vous exprimer, d’oser dire quand ça ne va pas. Peut-être pas à chaque fois - je ne suis pas sûre que ce soit le but dans tous les cas, mais en tout cas quand c’est important pour vous.

Parce que garder de la rancoeur à l’intérieur de soi, c’est signer pour une explosion émotionnelle - un jour ou l’autre, d’une façon ou d’une autre

Et vous ne méritez pas ça.

Vous méritez de vivre des relations paisibles, dans lesquelles vous vous sentez libres de vous exprimer. Qu’elles soient amoureuses, amicales ou professionnelles. Peu importe.

Je vous embrasse fort,

À mardi prochain,

Florine

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